Narratives of change version bêta

Revue d’écriture numérique du changement écologique

Les montagnes des Cévennes : énoncer présentement le passé

À partir de la seconde moitié du XIXème siècle , avec le reboisement de certains massifs et la républicanisation des villages de montagne pour objectifs, la Troisième République s’installe durablement en Cévennes. Un siècle plus tard, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour de la Vème République d’inventer un lien symbolique au paysage. À l’échelle nationale, l’heure est à la transformation sans bornes des campagnes et, à l’échelle locale, les Cévennes s’enlisent dans l’exode rural et la déprise économique. Ainsi débute l’histoire du parc national des Cévennes. Depuis 1970, ses gestionnaires s’évertuent à maintenir sur place les communautés agro-pastorales et à entretenir les éléments humains et non-humains de l’environnement. Progressivement, tandis que la France se dirige vers le « tout-patrimoine » et, pour reprendre l’expression de Pierre Nora, vers la « nation-mémoire », l’entreprise trouve sa cohérence. Pelouses d’altitude, bâti vernaculaire, castor et vautours, mas isolés et fours banals... ces éléments sont protégés, entretenus et restaurés en tant qu’agrégat encore intact d’une culture séculaire de la terre. La République est bien décidée à sauver ce qui reste de la France des paysans et les Cévennes sont érigées au rang de ces petites patries qui doivent continuer de caractériser la France, diverse mais indivisible. Tel est le récit livré ici : celui de l’invention nationale d’un environnement nostalgique qui semble survivre aux changements qui, partout ailleurs, marquent le territoire national. Cliquez sur la carte (les lieux) ou les photographies (les récits) pour démarrer la navigation.

Les lieux

Les montagnes des Cévennes : énoncer présentement le passé

Les lieux offrent un premier parcours dans l’espace contemporain des Cévennes. Centré sur l’espace, le récit se veut historique. En 1966, l’enquête publique préalable à la mise en place du parc national des Cévennes débute. Tandis que la majorité des instances communales et départementales se déclarent favorables au parc, la majorité des habitants s’opposent au projet. En septembre 1970, moyennant le maintien de leur droit de chasse et de pêche, le parc voit tout de même le jour. Débute alors une période de culturalisation de la nature. Dix années durant, les responsables du parc protègent et restaurent les éléments non-humains du milieu mais, aussi, les éléments humains qu’ils jugent dignes d’intérêt ; ainsi le pastoralisme et l’habitat dit traditionnel trouvent leur place aux côtés des forêts, des causses, des rivières et des espèces animales protégés. Puis, à compter des années quatre-vingt, l’administration procède à une naturalisation de la culture. Tout en poursuivant son action sur les composantes non-humains du milieu, elle porte son attention sur l’architecture vernaculaire, les artefacts préhistoriques, la transhumance à pieds, la vente de produits de la ferme, etc. De fait, au début du XXIème siècle, c’est la culture cévenole de la terre qui semble devenue naturelle. Les archives produites par l’administration révèlent cependant que l’entreprise est loin de faire consensus. Tandis que la loi invente une nostalgie rurale qu’elle s’efforce de transmettre au visiteur qui la recherche, l’homme continue de vivre dans un espace productif et dans un temps présent. Quant à la nature, elle reste le produit de l’interaction des humains et des non-humains. Seulement, aux côtés des humains qui l’occupent - localement - s’ajoutent désormais ceux qui décident - nationalement - de ce qu’elle fut et devrait être. En quatre étapes successives, les lieux présentent alors le parcours qui, du nord au sud, permet d’évoluer au sein du parc national des Cévennes. Sur le mont Lozère et le Causse, dans les Gorges et les Vallées, les archives et les photographies racontent les lieux de la nature dans le temps contemporain. Articulant l’espace vécu et l’espace imaginé, les lieux relatent la façon dont un environnement façonné par les hommes qui l’occupent est aujourd’hui modelé par la nation qui le gère.

Les récits

Les récits offrent quatre parcours dans l’espace, mais aussi et surtout dans le temps des montagnes du Simien. Pour cela, chacun des éléments qui rythment l’évolution de ce parc national fait l’objet d’un récit singulier : au travers de neuf étapes, toujours d’ouest en est, les archives racontent, dans l’espace, l’histoire de la loi, de l’homme, du visiteur et de la nature. De ces histoires entremêlées du parc national se dessine alors le changement d’un espace rural enlisé dans la déprise économique mais devenu un espace « naturel », traditionnel et nostalgique pour l’État et les touristes, productif parce que touristique pour les populations locales, et reflet d’un tri sélectif des éléments humains et non-humains du seul point de vue environnemental.

La Loi
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L'homme
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Le Visiteur
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La Nature
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  • Photographe professionnel et retoucheur photo : Julien Horon