Narratives of change version bêta

Revue d’écriture numérique du changement écologique

Les montagnes du Simien : justice naturelle, injustice politique

La présence du walya ibex, espèce endémique à la zone, et la splendeur des paysages montagnards justifient, au début des années soixante-dix, le classement du Semēn en « parc national ». Depuis, d’un côté, se trouvent les organisations internationales de conservation de la nature. Animés par des représentations racistes de l’environnement africain, leurs représentants voient dans les montagnes du Semēn le reliquat d’un Éden autrefois riche en faune et flore et aujourd’hui menacé par des habitants qui, parce qu’ils ne cessent de le détériorer, doivent être déplacés. D’un autre côté se trouvent les autorités nationales éthiopiennes. À la recherche de la reconnaissance internationale, elles s’approprient les normes occidentales de la nature et s’évertuent à les faire appliquer dans le Semēn. Ainsi, le parc national peut devenir l’objet d’une admiration internationale, et l’État éthiopien le gardien nommément national de ce territoire. Restent alors, sur place, les populations locales qui habitent l’espace, y font paître leurs troupeaux et y cultivent leurs terres. Responsables et coupables d’un cercle vicieux de type « déforestation - surexploitation - surpâturage », elles se voient sans cesse infligées des amendes et des peines de prison. Telle est l’histoire que relate ici Narratives of change, une histoire qui parle autant de nature et de protection que de pouvoir et d’oppression. Cliquez sur la carte (les lieux) ou les photographies (les récits) pour démarrer la navigation.

Les lieux

Les montagnes du Simien : justice naturelle, injustice politique

Les lieux offrent un premier parcours dans l’espace contemporain des montagnes éthiopiennes du Semēn. Centré sur l’espace, le récit se veut historique. En 1969, l’État impérial qu’Hailé Sélassié dirige officiellement depuis 1930 institue le Simien Mountains National Park au nord des hauts plateaux éthiopiens. Classé Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO en 1978, le Simien Mountains sera le théâtre d’une guerre opposant les rebelles érythréens et tigréens au gouvernement socialiste du därg, arrivé au pouvoir en septembre 1974. En 1991, les opposants au régime coalisés au sein de l’Ethiopian People’s Revolutionary Democratic Front renversent le gouvernement du lieutenant-colonel Mengistu. Depuis, le parc national est reconstruit et accueille chaque année quelques milliers de touristes. Notons également qu’à partir de 1997, l’Ethiopian Wildlife Conservation Organization partage la gestion du parc avec les autorités de l’État-Région Amhara, l’un des neufs kellel (État-Région) de la nouvelle République fédérale. Dès les années soixante, les montagnes du Semēn sont ainsi façonnées au gré d’un imbroglio de représentations et d’actions sur la nature. Les archives écrites produites par les institutions nationales et internationales révèlent que le territoire est le produit de l’association voire de la confrontation d’un ensemble de logiques. En un espace abritant près de quatre mille personnes entre 3800 m et 4560 m d’altitude, on constate que la loi détermine l’organisation institutionnelle de l’espace-parc, tandis que l’homme continue à le modeler au gré d’une activité agro-pastorale de subsistance et que le visiteur, occidental, y évolue à la recherche d’une nature reconnue internationalement pour sa faune, sa flore et ses panoramas. En cinq étapes successives, les lieux présentent le parcours qui, d’ouest en est, permet d’évoluer au sein des montagnes du Semēn. À Debark, à Sankaber, à Gich, à Chenek et au Ras Dejen, les archives et les photographies racontent les lieux de la nature dans le temps contemporain. Par l’articulation d’un espace local éthiopien à un territoire national en voie de consolidation et à un système-monde en voie d’unification, les lieux relatent la façon dont un environnement productif est devenu inter-nationalement naturel et localement conflictuel.

Les récits

Les récits offrent quatre parcours dans l’espace, mais aussi et surtout dans le temps des montagnes du Semēn. Pour cela, chacun des éléments qui rythment l’évolution de ce parc national fait l’objet d’un récit singulier : au travers de neuf étapes, toujours d’ouest en est, les archives racontent, dans l’espace, l’histoire de la loi, de l’homme, du visiteur et de la nature. De ces histoires entremêlées du parc national se dessine alors le changement d’un espace montagnard devenu un espace de violence, naturel pour les institutions internationales, national pour les autorités éthiopiennes et irrationnel pour les populations locales. 

La Loi
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L'Homme
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Le Visiteur
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La nature
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