Narratives of change version bêta

Revue d’écriture numérique du changement écologique

Lalibela, haut lieu du changement

Lalibela est une petite ville des hautes terres du nord de l’Éthiopie. Elle renferme un complexe d’églises creusées dans la roche, inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1978. Le site est ainsi placé sous les projecteurs des acteurs internationaux du patrimoine qui viennent à Lalibela étudier, sauvegarder, conserver, valoriser les églises et leurs environs. Lalibela est aussi un haut lieu de l’Ethiopie chrétienne orthodoxe. En tant que grande destination de pèlerinage chrétien, Lalibela accueille plusieurs dizaines de milliers de pèlerins au moment du Noël orthodoxe, qui coïncide avec la célébration de la naissance du roi fondateur des églises, le roi Lalibela. La petite cité est également la première destination touristique d’Éthiopie, accueillant près de 40 000 visiteurs internationaux chaque année. Les touristes arrivent surtout par avion, grâce aux vols réguliers de la compagnie nationale Ethiopian Airlines qui relient Lalibela à Addis Abeba et aux autres destinations touristiques du pays. Les visiteurs séjournent dans des établissements, toujours plus nombreux, qui font la richesse d’une petite élite d’hôteliers. Lalibela est également une ville ordinaire d’Éthiopie qui compte environ 20 000 habitants, dispose de services publics élémentaires (hôpital, écoles et lycée…) et expérimente les réformes contemporaines de décentralisation et de gouvernement urbain. Ces dimensions patrimoniales, sacrées, touristiques et urbaines du lieu génèrent ensemble des recompositions diverses et brutales à l’heure d’une mondialisation néolibérale qui impose les mises en vitrine et en vente de tout artefact culturel. Les espaces de Lalibela sont sans cesse détruits et re-créés. Cliquez sur la carte (les lieux) ou les photographies (les récits) pour démarrer la navigation.

Les lieux

Lalibela, haut lieu du changement

Nos cinq lieux proposent un parcours dans Lalibela, « haut lieu » du changement. Encore aujourd’hui, les historiens tentent d’élucider les périodes de creusement de la douzaine d’églises s’étendant, selon certains, entre le VIIème et le XIIIème siècle ou bien, selon d’autres, se concentrant sur le XIIIème siècle. Plusieurs programmes de conservation, éthiopiens et internationaux, ont marqué le site au cours du XXème siècle. Dans les années 1960, l’architecte italien Sandro Angelini, sous l’autorité de l’International Fund for Monuments, ne se contenta pas de restaurer les églises mais planifia aussi l’aménagement des alentours. Il mit en avant la nécessité de construire aux abords du site des paysages « traditionnels », verts et propres. Quelques années plus tard, les églises furent inscrites sur la Liste du patrimoine mondial. Dans les années 1980 et 1990, les opérations visant à contraindre l’habiter aux abords des églises se sont multipliées. Le premier master plan de la ville, réalisé à la fin des années 1990, entérina l’interdiction faite aux résidents établis à proximité des églises de restaurer comme d’agrandir leur habitation. On assista alors à une asphyxie progressive de ces quartiers. À la fin des années 2000, à la faveur d’un projet de la Banque mondiale ambitionnant le développement durable du tourisme éthiopien, la mise en œuvre de la destruction des quartiers environnant les églises et la réinstallation de leurs habitants en périphérie de la ville fut enclenchée. Les autorités locales, régionales et nationales s’articulèrent au bailleur de fond pour organiser cette recomposition des espaces de Lalibela. On détruisit des quartiers ordinaires de la ville pour créer un espace dédié au tourisme. L’impératif patrimonial fut mobilisé pour légitimer ce réaménagement brutal de l’espace tandis que la dimension sacrée du site fut utilisée pour convaincre les habitants de la nécessité de leur départ. Afin de comprendre les transformations contemporaines de cet espace, nous partirons des églises et nous déplacerons vers l’espace requalifié du Mikael Gebbi, puis vers le quartier en cours de destruction d’Adi Shadey. Nous irons ensuite dans les quartiers hôteliers de Geterge et Shimbrema avant de nous arrêter à Kurakur, en périphérie de la petite ville.

Les récits

Les récits offrent quatre parcours dans l’espace et dans les temps de Lalibela. À travers les récits du sacré, du patrimoine, du tourisme et de la ville, nous cherchons à montrer les dynamiques de production, de transformation et de recomposition de l’espace de Lalibela. Nos récits s’appuient sur les mots et les discours des habitants face au changement mais aussi sur les photographies qui capturent les paysages, véritables discours mis en espace. À partir de ces histoires de Lalibela, on peut donner à voir cet espace bouleversé ancré tout à la fois dans le local, l’Éthiopie et le monde.

Le Sacré
Le Sacré
Le Patrimoine
Le Patrimoine
Le Tourisme
Le Tourisme
La Ville
La Ville