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Revue d’écriture numérique du changement écologique

Récits du boulevard Saint-Laurent, une poétique de la rue

Le boulevard Saint-Laurent, parfois appelé la Main, en référence à la Main Street, constitue un axe majeur dans la structuration de l’île de Montréal, coupant l’île du sud au nord, du Vieux-Port à la Rivière des Prairies. Une partie de la rue, du Vieux-Port à la rue Jean-Talon, est désignée en 1996 « arrondissement historique d’importance nationale » par l’État fédéral pour sa puissance symbolique, son importance dans l’imaginaire montréalais et sa fonction de « corridor de l’immigration ». Moins que la valeur architecturale ou esthétique, ce sont les histoires multiples de la rue qui sont avancées pour justifier sa patrimonialisation. Ces nombreuses mises en récit – de la part d’acteurs publics à différentes échelles (fédérale, provinciale, municipale et au niveau des arrondissements), d’acteurs économiques, d’associations de résidents et de citoyens, mais aussi de récits littéraires, journalistiques, universitaires, etc. – contribuent à l’invention de la Main comme haut lieu montréalais. Caractérisé par son renouvellement permanent selon le rapport de Parcs Canada, cet espace est en pleine transformation aujourd’hui, marqué tant par des phénomènes de déclin et de vacance que par des processus de gentrification et d’aménagement urbain, selon les différents secteurs. De la rue des manufactures, coupure et couture entre Canadiens-français, anglophones et immigrants à la rue post-moderne de la haute technologie, de l’hétérotopie et du cosmopolitisme, quels récits du boulevard, quelle poétique de la rue ? Cliquez sur la carte (les lieux) ou les photographies (les récits) pour démarrer la navigation.

Les lieux

Récits du boulevard Saint-Laurent, une poétique de la rue

À travers quatre étapes, les lieux offrent un premier regard sur le boulevard Saint-Laurent. Traditionnellement frontière entre les « deux solitudes » selon les termes de Hugh McLennan (1945), entre les quartiers anglophones aisés à l’ouest et les quartiers plus populaires et francophones à l’est, le boulevard constituait aussi selon Parcs Canada le « corridor des immigrants », c’est-à-dire l’axe sur lequel les immigrants s’installaient lors de leur arrivée à Montréal de la fin du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXème siècle. Il peut être lu comme une métonymie de l’histoire de l’expansion et de l’industrialisation de la ville, mais aussi de l’histoire de l’immigration à Montréal. Si le boulevard Saint-Laurent ne constitue plus une frontière imperméable au sein de la ville, il demeure un repère, la numérotation des rues Est-Ouest qui lui sont perpendiculaires commence à son niveau. De même, les immigrants choisissent aujourd’hui d’autres quartiers d’installation, transformant les lieux du cosmopolitisme, du boulevard à la ville toute entière. Désormais, les « quartiers fondateurs » sont aussi devenus touristiques et certains lieux – magasins, restaurants ou cafés – les vestiges du passé immigrant de la rue. Malgré une certaine inertie des images, les mises en récits multiples accompagnent et décrivent ces évolutions diverses qui affectent la rue : d’une frontière, elle devient espace de rencontre ; les vagues d’immigration ont marqué la rue par des restaurants et magasins d’alimentation ; le boulevard est attaché à une image de marginalité ou du moins aux activités nocturnes. Enfin, les discours sont empreints d’une certaine nostalgie, due aux transformations de la rue et au déclin du cosmopolitisme ancien qui la caractérisait et en faisait une des rues les plus représentatives de la diversité montréalaise. Les récits multiples et les photographies racontent ainsi les lieux du changement, le boulevard dans son ensemble, le quartier du Red Light, quelques magasins particuliers et enfin, la Petite Italie et le Quartier chinois qui forment les quartiers dits ethniques. Si le boulevard fait l’objet d’un certain consensus dans les discours à petite échelle, le Red Light transformé en Quartier des Spectacles suscite espoirs, oppositions et récits nostalgiques. Les magasins qui longent le boulevard et les quartiers « ethniques » forment un autre corpus d’espaces représentatifs des évolutions actuelles.

Les récits

Du Vieux-Port à la rue Jean-Talon, le boulevard Saint-Laurent s’étend sur quelques six kilomètres du sud au nord de la ville de Montréal et traverse plusieurs quartiers, soit le quartier chinois, l’ancien Red Light et nouveau Quartier des Spectacles, le secteur juif et portugais, la Petite Patrie et la Petite Italie. Les récits littéraires, habitants ou journalistiques offrent un aperçu des changements de la rue, au travers de quatre grandes narrations : celle de la coupure et de la couture, du cosmopolitisme de bouche, de la marginalité et de la rue et de la nuit et enfin de la recherche nostalgique de l’authenticité. Quatre arrêts à différentes échelles et dans certains lieux permettent de lire les transformations du boulevard, d’un espace populaire et immigrant à un boulevard hétéroclite en proie à des projets d’aménagement urbain majeurs comme de changements plus lents de gentrification.

Coupure et couture
Coupure et couture
Le cosmopolitisme de bouche
Le cosmopolitisme de bouche
La marginalité et la nuit
La marginalité et la nuit
La nostalgie
 La nostalgie